Culture scientifique - Ephémérides de l'été 2026
Tout au long de l'été, l'iRHiST publie sur sa page LinkedIn des posts dédiés à des dates-événements en histoire des sciences et des techniques.
Cette page archive ces publications sur le site internet de l'initiative.
Image : 1ère photographie de Nicéphore Niépce prise de sa fenêtre du Gras : [photographie] / G. Picard ; [d'après une photographie de Nicéphore Niépce]. [19.., contretype d'une photographie prise en 1827]. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EO-52-PET FOL. BnF / Gallica
30 juin 1973 - « L’éclipse du Concorde »
✈️ Observer une éclipse depuis un avion en vol supersonique ?
La plus longue éclipse solaire du XXe siècle eut lieu le 30 juin 1973, elle dura plus de 7 minutes.
En 1969, le Concorde réalisait son premier vol et des astrophysiciens souhaitèrent, par la suite, observer l’éclipse depuis l’appareil en vol.
En effet, la vitesse supersonique de l’aéronef lui permettait de « suivre » l’éclipse en « compensant » la vitesse de rotation de la Terre et en restant ainsi dans l’ombre projetée par la Lune.
L’accord fut donné pour utiliser le prototype français, en fin de programme d’essais. Le prototype 001 du Concorde (F-WTSS) fut transformé pour son 376e vol : quatre hublots furent aménagés dans le fuselage de l’avion pour permettre d’orienter des instruments scientifiques en direction du soleil.
Huit scientifiques d’institutions françaises, britanniques et états-uniennes embarquèrent pour étudier la couronne solaire, la chromosphère (atmosphère autour du Soleil) ou encore l’atmosphère terrestre.
L’éclipse, de 7 minutes au sol, fut ainsi observée durant 74 minutes en continu au-dessus du Sahara.
Pour les curieuses et curieux en région parisienne, le Concorde F-WTSS est aujourd’hui exposé au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.
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(Publication du 30 juin 2026)
6 juillet 1885 - Première vaccination contre la rage
Louis Pasteur, chimiste formé à l’École normale supérieure, se consacre d’abord aux structures des cristaux et à leurs effets sur la lumière (dissymétrie moléculaire), puis à la théorie de la « génération spontanée » qu’il réfute en étudiant les processus de fermentation. Ce faisant, ses recherches évoluent vers la biologie et plus particulièrement la microbiologie. Il développe à cette occasion la méthode de la pasteurisation.
A la fin des années 1870, Louis Pasteur s’intéresse aux maladies infectieuses. Il identifie ainsi le staphylocoque, le streptocoque et le pneumocoque, puis il cherche à développer un procédé d’immunisation généralisable pour plusieurs maladies courantes à l’époque.
Edward Jenner, médecin britannique, avait découvert à la fin du XVIIIe siècle la pertinence de la méthode de l’inoculation préventive d'une forme naturellement bénigne de la variole. Louis Pasteur, quant à lui, cherche à développer expérimentalement des souches moins virulentes qui pourront être utilisées en guise de vaccin. Il met au point sa méthode pour trois maladies animales avant de l’appliquer à une maladie affectant aussi l’humain : la rage.
Après avoir expérimenté sur des chiens, puis sur des lapins, Louis Pasteur et ses collaborateurs, Charles Chamberland et Émile Roux, développent un procédé d’atténuation de la virulence de la rage qu’ils présentent à l’Académie des Sciences en février puis mai 1884. Si la méthode est approuvée, les essais de vaccination sur des êtres humains ne sont pas lancés immédiatement.
📌 Le 6 juillet 1885, un garçon âgé de neuf ans est présenté à Louis Pasteur : Joseph Meister avait été mordu deux jours plus tôt par un chien enragé à de multiples reprises et ne présentait pas encore de symptômes de la maladie. La rage n’étant pas encore déclarée, le diagnostic est incertain, mais des médecins, notamment le docteur Jacques-Joseph Grancher, encouragent la vaccination. C’est ce dernier qui réalise les treize inoculations de Joseph Meister, réparties sur dix jours. L’enfant ne développa pas la rage.
D'autres « mordus » se présentèrent par la suite, notamment Jean-Baptiste Jupille en octobre 1885, dont le cas fut médiatisé.
Néanmoins, plus d’un siècle plus tard la méthode de vérification de Louis Pasteur pose des questions éthiques : pour s’assurer que la vaccination avait fonctionné, une injection de contrôle d’une souche de virulence non atténuée fut administrée au patient. Il en réchappa et cela constitua, pour Louis Pasteur une preuve de la validité de son procédé, sans avoir aucune explication de son fonctionnement.
Si ce vaccin contre la rage est reconnu et mène à la création de l’Institut Pasteur en 1887, d’autres procédés d’atténuation de la virulence du virus furent développés au début du XXe siècle et progressivement privilégiés à celui initialement utilisé en 1884.
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Illustration : Le Petit Marseillais, 28 octobre 1885, page 2 - Source : Gallica /BnF
(Publication du 6 juillet 2026)
📻 🌤️ 15 juillet 1922 – Premier bulletin météo par radio depuis la Tour Eiffel
Le 15 juillet 1922, l’Office national météorologique débute l’émission quotidienne de trois bulletins de prévision, dix-huit heures à l’avance, à destination des cultivateurs (agriculteurs), depuis le poste de radiotélégraphie de la Tour Eiffel.
Deux semaines plus tôt, le 29 juin, les ministres de l’agriculture et de l’intérieur, ainsi que le sous-secrétaire d’État de l’aéronautique invitaient, dans une « circulaire relative à l’application de la téléphonie sans fil à la météorologie agricole », à installer des postes récepteurs dans les communes (JORF, 29 juin 1922, page 6782) : « soit à l’école, soit chez le receveur-buraliste, soit à la gendarmerie […], soit chez tel citoyen que le maire désignera ».
Cette nouveauté est initialement questionnée dans la presse, notamment en raison d’un manque de confiance dans la précision des prévisions météorologiques, face à l’expérience des paysans pour « interroger le ciel » (« En prévision du temps qu’il fait », Le Journal du Peuple, 18 juillet 1922, page 2).
Situons l’évolution de la transmission d’information météorologique en France.
En 1855, Urbain Le Verrier fonde le Service météorologique français à l’Observatoire de Paris. Constitué d’un réseau de stations communiquant par le télégraphe électrique, ce service est créé dans le but de communiquer aux marins l’arrivée des tempêtes.
En 1863, des télégrammes d’avertissement aux ports sont diffusés et des cartes météorologiques sont publiées quotidiennement dans le Bulletin de l’Observatoire. En 1876, ces cartes quotidiennes sont reproduites dans le journal *L’Opinion nationale*.
En 1878, le Service météorologique devient le Bureau central météorologique rattaché au ministère de l’Instruction publique, puis l’Office national météorologique en 1920 qui inclut les services de météorologie aéronautique et militaire développés dans les années précédentes.
La Météorologie nationale est fondée en 1945 et, concernant le premier bulletin météorologique présenté à la télévision en direct, celui-ci date de 1946.
Météo France succède à la Météorologie nationale en 1993.
Sources : indiquées entre parenthèses (accessibles sur Gallica/BnF) et Météo France.
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Illustration :
Louis Baudry de Saunier, Initiation à la TSF. Paris, Éditions Flammarion, 1923 : Reproduction de la couverture de L’Illustration du 3 mars 1923 présentant un opérateur de la Tour Eiffel actionnant un manipulateur pour donner l’heure (Source Gallica / BnF)
(Publication du 15 juillet 2026)
23 juillet 1829 - ⌨️ « The Typographer »
William Austin Burt, un inventeur américain, dépose un brevet pour son « Typographer » le 23 juillet 1829. Parfois désigné comme la première machine à écrire, ce dispositif a pourtant été entouré de diverses conceptions dans les décennies précédentes et au début du XIXe siècle.
Michael H. Adler identifie ainsi des « premières » dans différents pays et, comme il le rappelle élégamment, une invention n’est pas toujours adoptée immédiatement par la société qui l’a vu apparaître*. Concernant les automates mécaniques écrivant, objets de curiosité au XVIIIe siècle, ceux-ci ne correspondent pas au second critère essentiel d’une machine à écrire : a) être un dispositif mécanique et, b) inscrire « des caractères ou groupes de caractères successivement, selon la volonté de l’opérateur »**. Par ailleurs, plusieurs inventeurs peuvent être crédités de la création de différentes pièces composant les multiples mécanismes de machines à écrire (selon le mode de sélection des lettres ou d’impression).
Qu’en est-il du Typographer de William A. Burt ? Créé dans le but de l’aider dans sa « volumineuse correspondance », la machine a la particularité d’être la première à imprimer des lettres en minuscule et en majuscule. Ce fait est notable car, Adler le précise, « cinquante ans plus tard, quand les machines à écrire étaient désormais commercialisées, seuls des modèles en majuscule étaient disponibles »***. Le Typographer était néanmoins lent et, malgré des modifications, il ne trouva pas d’investisseurs. À la fin du XIXe siècle, l’original ayant été détruit dans un incendie en 1836, des répliques furent construites sur la base de manuscrits, en premier lieu par l’arrière-petit-fils de William A. Burt, et exposées à travers le monde lors d’expositions mondiales et dans des musées.
Avec l’essor de la commercialisation de divers modèles (Remington, Wellington, Yost, … ), la machine à écrire ouvre un champ professionnel dont les dactylographes sont fortement liés aux modèles qu’ils utilisent, selon leurs caractéristiques techniques et le clavier associé****.
Sources et notes :
Michael H. Adler (1973). The Writing Machine. A History of the Typewriter. Abington : Routledge Revivals, 2023.
* « in the field of mechanical invention it is as useless to be before one’s time as to be after it, and society must be ready for an innovation before it will accept and incorporate it » (p.28)
** p.47 (trad.)
*** p.60 (trad.), et pour tout le paragraphe
**** revue *La Machine à écrire : journal dactylographique indépendant : s'adressant à tous les acquéreurs, possesseurs, et opérateurs de machines à écrire (Gallica / BnF)
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Crédit image :
The Board of Trustees of the Science Museum. Science Museum Group. Reproduction of Burt "Typographer" Typewriter, 1893. 1926-332 Science Museum Group Collection Online. Accessed 23 July 2026. (Online)
(Publication du 23 juillet 2026)
5 août 1858 – Premier câble télégraphique transatlantique
L’entrepreneur américain Cyrus Field promeut dès 1854 la construction d’un câble sous-marin entre l’Irlande et Terre-Neuve. Encouragé par les multiples essais puis temporaires réussites (notamment entre Douvres et Calais), il s’installe en Angleterre en 1855 et s’associe avec d’autres pionniers : Jacob Brett, qui avait posé le premier câble sous la Manche deux années plus tôt avec son frère John Brett, l’ingénieur Charles Tilson Bright, et d’autres investisseurs.
Ensemble, ils créent l’Atlantic Telegraph Company et reçoivent le soutien des gouvernements états-unien et britannique. La production de deux câbles, devant résister aux pressions des fonds marins et maintenir la conductivité électrique du cuivre, fut confiée à la Gutta Percha Company, exploitant ce matériau dérivé du latex et bon isolant résistant aux conditions sous-marines. Les câbles furent équipés d’une armature métallique par R.S. Newall et Glass Elliot, puis posés par la compagnie de ce dernier. En 1857, le premier câble fut perdu lors de sa pose, mais le second fut fonctionnel après son installation en 1858. Un message de cent mots pouvait alors être transmis en 67 minutes, au lieu des douze jours de navigation auparavant nécessaires.
Néanmoins, ce câble fut rapidement défectueux et cessa de transmettre tout message cinq semaines plus tard. Pour pallier à ce nouvel échec, une commission spéciale fut créée par le gouvernement britannique et présidée par William Thomson. Ses travaux et la restructuration de l’écosystème entrepreneurial, tant britannique qu’états-unien, autour du projet de câbles sous-marins permit la pose de câbles fonctionnels dix ans plus tard.
Face aux enjeux économiques et commerciaux, mais aussi de souveraineté des États pour la transmission de messages, des négociations débutèrent dès 1869, aboutissant à une Convention internationale pour la protection des câbles télégraphiques sous-marins, signée à Paris le 14 mars 1884.
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Références :
Daniel R. Headrick et Pascal Griset, « Submarine Telegraph Cables: Business and Politics, 1838-1939 », The Business History Review, Vol.75, No.3 (Autumn, 2001), p.543-578.
P. M. Kennedy, « Imperial Cable Communications and Strategy, 1870-1914 », The English Historical Review, Vol.86, No.341 (Oct., 1971), p.728-752.
Pascal Griset, « L'État et les télécommunications internationales au début du XXe siècle : un monopole stérile », Histoire, économie et société, 1987, 6e année, n°2, p.181-207.
Daniel Headrick, « Câbles télégraphiques et rivalité franco-britannique avant 1914 », Guerres mondiales et conflits contemporains, n°166 (Avril 1992), p.133-147.
Illustration :
Chart shewing the intented telegraphic communication between Newfoundland & Ireland track of steamer [...], compiled, engraved & published by Day & Son. 1858. Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE SH 19 PF 1 TER DIV 47 P 18 (Source gallica.bnf.fr / BnF)
(Publication du 5 août 2026)
📸 19 août 1839 - François Arago présente le daguerréotype à l'Académie des Sciences [Journée mondiale de la photographie]
En 1816, Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) décrit, dans sa correspondance, des expériences « pour obtenir mécaniquement des dessins par l'action de la lumière ». Entre reproduction de gravures et expériences à la chambre noire, il développe une première méthode formant des images en « négatif », dont il se détourne. Puis, vers 1819, il emploie une autre solution réactive, le bitume de Judée, et différents supports (verre, cuivre argenté, étain).
En 1826, ou 1827 selon les historiens, Niépce réalise une première image durablement fixée, avec cette méthode : *Point de vue du Gras* en plusieurs jours de pose, bien qu'il semble avoir réalisé des héliogravures dès 1822.
En 1829, Niépce rédige *La Notice héliographique* dans laquelle il décrit son procédé : il signe alors un contrat avec Louis-Jacques Mandé Daguerre (1787-1851). Peintre et homme d'affaires, celui-ci utilise déjà la chambre noire pour « les décors de son spectacle "son et lumière" - le Diorama - où des toiles peintes en trompe-l’œil donnent l'illusion du réel à l'aide de jeux de lumière ».
Lorsque Niépce décède en 1833, il a peu amélioré son procédé après avoir expérimenté l'usage de l'iode. Daguerre poursuit cette piste, identifie d'autres réactifs (vapeurs de mercure, fixation à l'eau salée...), emploie de meilleures optiques et améliore ainsi le procédé en rapidité de réalisation et en précision de l'image produite. Le nouveau contrat signé avec le fils de Joseph N. Niépce, Isidore, en 1835 minimise le nom de Niépce et nomme l'invention daguerréotype.
En 1838 une souscription échoue et ils tentent alors d'intéresser le gouvernement français grâce à François Arago, membre de l'Académie des Sciences, qui fait une première déclaration à l'Institut en janvier 1839. Une rumeur de vente de l'invention à l'étranger incite ensuite le gouvernement à accorder une rente viagère à Daguerre et Niépce en mars 1839.
François Arago présente la méthode du daguerréotype devant l'Académie des Sciences et celles des Beaux-Arts le 19 août 1839. Devenu public, le procédé rencontre un fort engouement jusqu'en 1865.
D'autres prétendus inventeurs de la photographie se manifestent, mais seuls Henry Fox Talbot (1800-1877) et Hippolyte Bayard (1801-1887) prouvent l'antériorité de leurs travaux (autres procédés).
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Source : Pierre-Jean Amar, *Histoire de la photographie*. Collection "Que sais-je?", 4e édition mise à jour, PUF/Humensis, 2024, p.10-18.
Citations pages 10, 12, et 13.
En France, le bicentenaire de la photographie sera célébré du 1er septembre 2026 au 31 août 2027 (Ministère de la Culture).
Image : 1ère photographie de Nicéphore Niépce prise de sa fenêtre du Gras : [photographie] / G. Picard ; [d'après une photographie de Nicéphore Niépce]. [19.., contretype d'une photographie prise en 1827]. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EO-52-PET FOL. BnF / Gallica.
(Publication du 19 août 2026)