JE Le travail intellectuel
Les 15 et 16 décembre 2026, deux journées d’étude sont organisées à l’Université de Tours dans le cadre du projet ANR Archiflamm, sur le thème du travail intellectuel.
Retrouvez l’argumentaire à télécharger et le programme complet de ces journées ci-dessous.
Camille Flammarion dans son cabinet à Juvisy / Archives SAF
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Du 15 Déc. 2026 au 16 Déc. 2026
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09:00 - 18:00
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Colloque
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Centre Tourangeau d'Histoire et d'étude des Sources (Céthis), Université de Tours
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David Aubin
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0144274118
Argumentaire
Pour caractériser l’activité intellectuelle lato sensu, l’historiographie a beaucoup insisté sur la notion de pratique ou bien sur les modalités d’engagement (libido sciendi, volition, modalités affectives…). Il convient cependant de ne pas oublier que toutes les opérations cognitives mobilisées notamment dans la recherche scientifique s’organisent (notamment depuis le 19e siècle) comme un travail (Ribart, 2010). C’est-à-dire une activité productive nécessaire au corps social, validée par des dispositifs de reconnaissance et soutenue par des attentes collectives.
Il s’agit donc, lors de cette journée d’étude, en prenant appui sur le cas de Camille Flammarion, de repenser certaines des déclinaisons possibles du travail intellectuel. Qu’implique donc le labeur savant ? Quelles formes prennent les opérations de recherche, d’observation, d’analyse, d’expérimentation et d’exposition des résultats lorsqu’elles sont reconnues comme des activités distinctes et reconnaissables pour elles-mêmes ?
Nous faisons l’hypothèse, pour cadrer la multitude des angles d’attaque possible, de cerner l’activité intellectuelle laborieuse par le prisme de trois grandes modalités de travail.
L’enquête. C’est au 19e siècle, dans l’Europe des mouvements sociaux et de l’hygiène prophylactique que se réforme la pratique de l’enquête (Geerkens et al., 2019). Elle est ancienne – que l’on songe ici aux enquêtes administratives de Saint Louis (Dejoux, 2014) ou aux inquiétudes régaliennes du Régent au début du 18e siècle (Demeulanaere-Douyère, Sturdy, 2008). Mais, la congruence des inquiétudes politiques des pouvoirs en place en raison des convulsions révolutionnaires régulières (Karila-Cohen, 2008), des nouvelles façons d’envisager le crime et son dévoilement (Boltanski, 2012), des pratiques d’écrivains (Demanze, 2019) et la nécessité de mieux comprendre le corps social via des sciences dédiées (Heilbron, 2006)
ont donné à l’enquête une nouvelle importance. L’enquête savante, cette manière de constituer un problème, de chercher
des éléments empiriques, est aussi revitalisée par l’actualité, au 19e siècle, du « paradigme indiciaire » qui fait la part belle à la
symptomatologie comme principe d’exploration du monde (de la psychanalyse à la nosographie, de la craniologie aux indices
paléontologiques) (Ginzburg, 2010). L’enjeu, ici, sera de considérer l’enquête dans la pluralité de ses formes, mais aussi dans
son épistémologie matricielle pour de nombreux secteurs du monde social.La séance. Dans sa définition la plus élémentaire la séance est d’abord un rassemblement d’individus assis – en
général en charge d’une délibération. C’est ainsi que les académies (et tout particulièrement l’Académie des Sciences)
consacrent le rituel de la « séance » comme un moment particulier de présentation et de discussion des résultats scientifiques
qui s’accompagne de pratiques de prise de note et de compte-rendu codifiées (Crosland, 1992). Le caractère limité du public
(souvent réduit aux pairs) rappelle les bornes cénaculaires d’une production savante d’abord discutée entre initiés. Mais
bientôt, au 19e siècle, la séance prend d’autres sens. Elle conserve son principe d’une faible audience. Lors des séances de
spiritisme, par exemple, les convives se réunissent et communient dans le même désir de communiquer avec l’au-delà
(Bensaude-Vincent, Blondel, 2002). La psychanalyse freudienne invente la séance entre le thérapeute et le patient – colloque
singulier qui peut éventuellement être à sens unique (Séda, 2010). Dans ce miroitement des séances, l’espace où siège des
individus pour délibérer est devenu une temporalité : une séance devient un temps commun consacré à une activité (ici de connaissance) avec, en amont, des rites préparatoires et, en aval, des mode de partage d’une expérience par définition limitée
aux participants. Il reste à comprendre comment, en particulier au 19e siècle et au début du 20e siècle, s’est inventée une
pluralité des acceptions de la séance comme moment privilégié du travail intellectuel.- L’écriture. C’est probablement la forme la plus durable et la plus tangible de l’activité cognitive. Elle marque à la
foi le souci de palier les failles de la mémoire, en même temps que la nécessité de transmettre à d’autres des informations,
des observations ou des données (Goody, 1979). Le travail d’écriture est, depuis la très haute antiquité, une marque distinctive
de la sklolè. Mais au 19e siècle, avec l’explosion de la presse, la démocratisation du livre et la progressive extension de la
scolarité, l’écriture est devenue largement plus courante. L’écriture savante prend donc des formes plus diverses et souvent
collectives : des revues scientifiques à la popularisation, un foisonnement de formats s’offre à la pratique.
Ces journées d’étude sont donc une invitation à croiser les expériences du travail intellectuel – autour de Camille
Flammarion – en réfléchissant aux modalités spécifiques qu’il peut prendre dans un contexte marqué par une volonté de
large diffusion des savoirs. L’enjeu est de documenter les manières de cadrer le labeur savant et de caractériser les propriétés
socio-épistémiques de l’enquête, de la séance et de l’écriture entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle.