Maxime Guttin au séminaire Le Muséum, objet d'histoire
Le jeudi 20 mai 2027, de 17h30 à 19h30, à l'amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes, le séminaire « Le Muséum national d’histoire naturelle, objet d’histoire » accueille M. Maxime Guttin (Collège de France) dont l'exposé a pour titre: « Matérialité, mobilité et régime de connaissance dans la construction du cerveau comme marqueur de la race dans les empires français et britanniques (fin XVIIIe-milieu XIXe siècle) »
Plus de détails à cette adresse: https://objethistoire.hypotheses.org/4035
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Le 20 Mai. 2027
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17:30 - 19:30
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Séminaire
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MHNH, Amphithéâtre Rouelle, Jardin des plantes, Paris
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Arnaud Hurel
Résumé
De la fin du XVIIIe jusqu’au milieu du XIXe siècle, les collections d’histoire naturelle et d’anatomie de Paris (Muséum d’histoire naturelle), Londres (Hunterian Museum) ou Édimbourg (Anatomical School) abritent un nombre très réduit de cerveaux de personnes non-européennes, surtout en comparaison avec la grande variété et le large nombre de crânes alors présents. Pourtant, le cerveau, au même titre que le crâne, est construit comme un marqueur de la différence raciale dès les années 1770 et sert de base à la projection de théories sur les différences humaines tout au long de la période. Pour comprendre cette différence, il peut être intéressant d’aller au-delà des archives des catalogues de collections et de se pencher sur la manière dont les cerveaux à cette époque étaient extraits, préparés, conservés et disséqués grâce à des traités médicaux, des articles de chimie et des instructions aux voyageurs-naturalistes notamment. À la matérialité spécifique du cerveau correspondait alors aussi une mobilité particulière à l’échelle coloniale, là aussi différente de celle des crânes et caractérisée par des difficultés à conserver et transporter cet organe. En ce sens, la matérialité du cerveau, non pas comme donnée, mais comme relation construite par les savants avec leur objet d’étude, et sa mobilité peuvent être comprises ensemble et informer sur la manière dont les cerveaux étaient « collectés ». Il s’agit alors d’envisager, dans le cas des cerveaux, les processus, parfois violents, que ce terme naturalise.
Il apparaît alors que, à la différence des crânes, les cerveaux étaient compliqués à extraire, conserver et transporter, et ne circulaient pas à une échelle globale ou coloniale, ce qui déterminait en partie leur absence dans les collections d’histoire naturelle et d’anatomie de cette période. Toutefois, les théories sur les différences raciales fondées sur le cerveau ont continué à se diffuser en Europe. Ce cas amène ainsi à repenser les liens entre ce que l’on pourrait considérer comme une matière première de l’enquête anthropologique et la construction de théories raciales. Il invite à réfléchir autrement au lien entre matérialité, mobilité et régime de savoir. J’avance à ce titre que les savants ont eu recours à l’étude d’autres types de cerveaux relevant d’autres catégories de différences (animalité, genre, statut social, maladie mentale) afin de construire le cerveau comme marqueur de la race. Plus fondamentalement, il apparaît que le cerveau a été construit comme un organe « malléable », à la fois conceptuellement et matériellement, dans le sens où il servait à la projection d’une grande quantité de théories sur les différences humaines. Cette construction faisait alors écho à la notion de race elle-même, pour qui l’instabilité conceptuelle et l’indétermination matérielle ne sont pas des obstacles mais plutôt les raisons propres de sa persistance.
Amphithéâtre Rouelle
MHNH, Amphithéâtre Rouelle, Jardin des plantes, Paris