Gravure de Marville extraite de Pierre Boitard, Le Jardin des plantes… (1842).
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Tristan Tailhades au séminaire Le Muséum, objet d'histoire

Le jeudi 11 décembre 2025, de 17h30 à 19h30, le séminaire « Le Muséum national d’histoire naturelle, objet d’histoire. Recherches, hommes, institutions, patrimoine, enseignement » accueille Tristan Tailhades (Université Gustave Eiffel) , dont l'exposé a pour titre: « Muséum, objet littéraire ».

  • Le 11 déc. 2025

  • 17:30 - 19:30

  • Séminaire
  • Amphithéâtre Rouelle, Jardin des plantes, Paris

Résumé

En 1793, par décret de la Convention nationale, le Jardin royal des plantes médicinales devient le Muséum national d’Histoire naturelle. Parmi les douze chaires professorales instituées à cette occasion figure une « chaire de Géologie », la première en son genre : une quarantaine d’années après la première occurrence du mot en langue française, c’est le point de départ d’une discipline amenée à de prodigieux développements au cours du XIXe siècle.

À partir du tournant révolutionnaire, le Muséum joue un rôle moteur dans la recherche en sciences naturelles, mais également dans la promotion et la diffusion de ces savoirs : largement ouvert au public, il poursuit sa mission de vulgarisation. Dès l’époque romantique, le monde littéraire gravite autour de cet espace de nature en plein Paris : Cuvier reçoit, dans le salon qu’il tient avec son épouse, des auteurs comme Stendhal ou Prosper Mérimée ; George Sand, amie d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, raconte sa rencontre avec l’orang-outan du Jardin des Plantes, animal fort mélancolique ; quant à Nerval, la contemplation de l’hippopotame de la ménagerie lui inspire (dans le posthume Aurélia) des visions de Déluge. La ménagerie du Muséum est l’objet d’une multitude de chroniques journalistiques, et attire les curieux comme les artistes : elle figure dans bien des intrigues romanesques, du roman Lui de Louise Colet (1860) aux premières pages du Bonheur dans le crime de Barbey d’Aurevilly (1874).

Mais c’est sans doute la géologie qui, au cœur du Muséum, suscite les plus puissantes rêveries. Sand, dans son Voyage dans le cristal (1864), fait de la galerie de minéralogie le point de départ d’hallucinations quasi mystiques qui conduiront son héros aux confins du monde connu et jusqu’aux entrailles de la terre. Quant à Michelet, sa visite au Muséum est le point de départ de méditations sur les madrépores, ces étonnants « faiseurs de monde (La Mer, 1861). Les grands naturalistes, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire ou encore Lamarck font nombre d’apparitions dans les œuvres littéraires de l’époque, que ce soit pour contester leurs idées ou pour admirer leur génie – l’« immortel Cuvier », figure centrale du Muséum, est le « poète » que loue ainsi Balzac, dans un célèbre passage de La Peau de chagrin (1831).

Lieu autant poétique que romanesque, le Muséum national d’histoire naturelle est ainsi le théâtre d’une multitude de développements littéraires d’un bout à l’autre du XIXe siècle. Ces figurations littéraires du Muséum donnent une bonne idée de ce que pouvait être, pour le public lettré comme pour le populaire, cette importante institution scientifique.

Amphithéâtre Rouelle

Amphithéâtre Rouelle, Muséum national d'histoire naturelle, Jardin des plantes, Paris. Entrée par le 57 rue Cuvier.

Jardin des plantes